mardi 12 août 2008

Suspense

Comme toute histoire a suspense, celle-ci commence bien avant l'heure ou j'ecris, dans un temps ou je suis encore insouciante et loin de me douter des bouleversements a venir qui changeront ma vie.

Cette histoire commence fin mai en Australie, ou je tombe chaque jour un peu plus amoureuse de ce pays et prepare un grand voyage qui doit m'emmener dans le desert et au nord. Destination: Darwin, le Top End. Ayant decide un peu tard que je voulais rester et ayant l'opportunite de ne pas faire les trois mois de ramassage de fruits requis par l'immigration, je me rejouis d'avance de ma bonne fortune. En effet, le pere d'un de mes amis possede une ferme et m'a propose de me faire les papiers requis par l'immigration pour eviter de subir l'exploitation que constitue le ramassage des fruits en Australie (un travail colossal dans des conditions difficiles pour une paye digne d'un ouvrier chinois). Cela me permet donc de rester a Melbourne ou je commence a me construire une vie que j'aime avec des amis, des fetes et un travail agreable.


Une semaine avant mes 31 ans (date limite du renouvellement du visa vacances travail), je tente donc d'envoyer mon dossier avec tous les papiers necessaires mais un des parametres m'empeche de valider ma demande sur internet. Apres un coup de fil au service de l'immigration et au fermier en question, j'apprends que les lois ont change et que sa ferme est trop petite pour pouvoir repondre aux criteres. Pendant deux jours je n'ai plus que deux choses en tete: "Respire. Ne panique pas."


Pas de deuxieme visa donc, pas de travail en France car ma disponibilite est acceptee et que je n'ai de toutes facons aucune envie de rentrer, je ne peux donc travailler nulle part l'an prochain. Tres vite des solutions se dessinent: demander une extension de trois ou six mois sur un visa touriste (l'immigration confirme que c'est possible mais que les chances de l'obtenir sont incertaines); demander en urgence (avant mes 31 ans) un visa vacances travail en Nouvelle-Zelande (il faut faire vite car tous les papiers doivent etre recus a l'ambassade a Paris avant quatre jours faute de quoi j'aurai depasse l'age limite); apprendre a parler thai, partir en Asie ou la vie ne coute rien et improviser...


Pas le temps de paniquer donc. Je me lance dans une course aux papiers administratifs. Apres quelques jours d'inquietude la reponse tombe: le visa vacances travail pour la Nouvelle-Zelande est accepte! Je veux rester en Australie et demanderai donc le visa touriste a la fin de mon visa actuel en aout, mais si tout va mal j'ai une solution de secours. Je decide egalement de ne rien dire de tout cela a mes amis et a ma famille car je ne veux pas les inquieter et je veux gerer ca toute seule. Ce voyage m'apprend des choses fondamentales chaque jour et ces evenements me prouvent que je peux sortir d'une situation de crise seule et que parfois, prendre des decisions sans l'avis de personne est plus efficace et satisfaisant.


Les reves de voyage et de chaleur reprennent donc le dessus. Malgre une incertitude qui plane quant au visa australien de l'an prochain, je decide de profiter de chaque jour comme si ce n'etait pas le dernier.


Mi-juin, je dis au revoir a ma vie a Melbourne, a mes amis et a mes eleves avec tristesse mais en promettant de revenir quoiqu'il arrive fin janvier pour un des plus grands festivals techno d'Australie: Rainbow Serpent. Mes amis y seront et ce sera l'occasion de partager a nouveau tous ensemble... Deja nostalgique mais heureuse de tout ce qui est a venir, je prends donc la route vers l'ouest. La Great Ocean Road, Adelaide et le debut du desert en compagnie de Juan Pablo, tous les jours apportent autant de surprises que d'enchantements. Meme les nuits dans une tente minuscule par zero degres ne m'empechent pas de me lever chaque matin en remerciant la vie et ce pays de m'offrir tant de bonheur.


Voyager en voiture permet de se rendre reellement compte des distances. Pour se rendre d'un endroit a un autre il faut parler en jour et non en heures. Le bon sens veut qu'a chaque fois qu'on croise une station service on fait le plein, car la prochaine est certainement a trois ou quatre cent kilometres. Des heures a rouler donc, au milieu de paysages toujours arides mais extremement diversifies: les arbres, les arbustes, les buissons et la couleur de la terre se transforment au fil des kilometres. On y apercoit des animaux sauvages (chevaux, chameaux, kangourous, emeus, dingos, aigles qui se repaissent de charognes au bord de la route) et ces rencontres ne cessent d'emerveiller et font sentir que l'on est dans un monde etranger ou l'homme n'a pas tout conquis. L'espace, les animaux, la chaleur et l'absence de vie font realiser qu'il reste des zones presque vierges, ou l'homme n'est rien. C'est une terre si grande et vide que l'on peut s'y perdre, s'y trouver, et rever encore.































Les Breakaways, des formations rocheuses au milieu du desert, qui ont aussi ete le decor de Mad Max 3.







La barriere anti-dingo: elle parcourt la moitie de l'Australie dans la largeur et a ete erigee pour proteger le betail contre les attaques de chiens, ce qui permet a la moitie du pays de na pas avoir de dingos. Ellene parait pas tres impressionnante comme ca mais elle est plus longue que la Grande Muraille de Chine!







Coucher de soleil lors d'une nuit a camper dans une station service dans le desert.





Au milieu du chemin, changement d'etat: Bienvenue dans le Territoire du Nord!




Apres trois jours de route, Juan Pablo et moi arrivons donc enfin a notre premiere destination: Uluru (nom aborigene) ou Ayers Rock (nom australien). Mais si, meme si vous ne connaissez pas le nom, vous connaissez tous ce rocher rouge, embleme de l'Australie. Il se trouve presque au milieu du pays et exactement au milieu de rien. Les couleurs, la taille et le symbole contribuent a faire de cette visite une experience intense et inoubliable. Le Lonely Planet affirme qu'aucune photo ne peut lui faire justice et c'est vrai. On reste sans voix quand on fait le tour de ce monolithe qui est le deuxieme plus gros au monde. Tout y est beau et impressionnant. Et puis on se dit que cette fois, ca y est. Cette image vue des milliers de fois et qui paraissait si exotique et loin qu'on ne se s'y serait jamais imagine, on la vit aujourd'hui. Pleine realisation de l'endroit ou on est, de la chance d'y etre et de tout ce qui y a mene. Une experience riche et un sentiment de plenitude au coucher du soleil, sous la voix lactee, apres avoir assiste au changement de couleurs de cet immense rocher.



Coucher de soleil

































Uluru vu de pres























































Ca vous donne une idee des dimensions...

















Lever de soleil


Ce jour-la, j'ai aussi depasse une de mes plus grandes peurs: les chiens. Et je ne vous parle de caniches, soyons bien d'accord, nous sommes dans le desert australien. Je parle de trois chiens sauvages dont un dingo, prets a attaquer. Vers la fin de la promenade de 10 kilometres qui fait le tour du rocher (quand je vous dis que c'est grand...), je vois au loin une fille qui semble jouer avec trois chiens. Je me dis: "Super, il va falloir passer a cote, moi qui deteste les chiens... Tant pis." Mais en m'approchant je vois que la fille laisse les chiens derriere elle. Etrange. Quand nous sommes sur le point de nous croiser, elle me met en garde en me disant de faire attention car ce sont des chiens sauvages et qu'ils cherchent a attaquer. La encore, j'essaie de ne pas paniquer. Pas de choix possible: soit je passe devant eux, soit je fais les 10 km en sens inverse! Je marche donc dans leur direction et me dis que s'ils sentent que j'ai peur ca sera pire. Je prends donc mon courage a deux mains et avance d'un pas decide. Je les vois a mesure que je m'approche, tapis dans les herbes hautes, en position de sauter sur moi quand je serai a la bonne distance. Juste avant d'arriver a leur hauteur, je me mets a leur hurler dessus en ne changeant pas ma cadence. Surpris, ils n'osent pas bouger. Je les regarde droit dans les yeux et continue a crier jusqu'a les avoir depasse. Genial!! J'ai survecu a l'attaque de chiens sauvages et depasse une de mes grandes peurs. Avec un peu de retard je vois debouler Juan Pablo brandissant un baton. Il m'a entendue crier et s'est fait attaquer par les chiens un peu avant. Toute fiere, je lui dis merci mais que je m'en suis sortie toute seule.

Le lendemain mous emmene dans l'autre formation rocheuse que comprend la parc national Uluru-Kakatjuta. Des francais rencontres la veille m'ont affirme que le balade justifiait a elle seule le billet d'avion pour l'Australie. Comme partout, je m'attends donc a un paysage imposant et la balade est effectivement magnifique. Je m'arrete souvent dans les vallees verdoyantes encaissees au bas d'immenses monolithes rouges. La paix qui y regne est impressionnante. L'endroit est appele la Vallee des Vents et il est aussi poetique que son nom. Mais la vraie revelation vient a la vision de la derniere vallee. Apres avoir monte un chemin, on passe a travers un interstice entre deux immenses parois rocheuses et la, je dois avouer que mon coeur s'est arrete une seconde et que des larmes me sont montees aux yeux devant tant de beaute. On se croirait au bout du monde, dans un endroit ou le temps n'existe plus. Pas d'autre mot, j'etais au paradis... Cela restera un de mes plus beaux souvenirs ici, effectivement ca valait le billet d'avion...




































Le jour suivant nous emmene a King's Canyon ou la encore le paysage surprend et la nature nous rend humble. Quelques photos, qui bien sur ne rendent pas justice a l'endroit.























Nous reprenons la route et arrivons a Alice Springs apres deux jours de voiture. C'est une toute petite ville, perdue au milieu de l'Australie, et je vis mon arrivee dans la ville comme une agression. Il est vrai qu'apres le calme du desert et des parcs nationaux, et tant de beaute tout autour, le choc est un peu rude. Mais Alice Springs est aussi une ville assez violente. Ici, la proportion d'Aborigenes est impressionnante et ils semblent tres agressifs. On vit au quotidien le resultat de la destruction d'une culture et on voit a quel point ces gens sont perdus. Ils oscillent entre le fait de ne pouvoir vraiment s'integrer dans ce monde de blancs et leurs valeurs, et en meme temps ils ne peuvent plus vivre comme leurs ancetres. Ils sont donc en transition, sans repere et sans parvenir a trouver leur voie parmi ces deux mondes qui forment le leur. Beaucoup d'alcoolisme donc, de violence (dans la rue mais egalement familiale), un fort taux de pedophilie et de viols dans les communautes, a tel point que dans beaucoup d'endroits on voit des panneaux qui rappellent que l'alcool et la pornographie sont interdits...

Je reste quatre jours a Alice Springs et je passe la plupart de mon temps a l'auberge de jeunesse a travailler sur une traduction. J'y rencontre Sebastien et Rex avec qui je passe des soirees inattendues. Sebastien est un francais qui s'est installe la et qui nous initie le soir aux joies et aux subtilites du Tour de France (dire qu'il aura fallu faire tout ce chemin pour le regarder pour la premiere fois!). Bon, je ne suis pas convertie mais on a beaucoup ri.







Les environs d'Alice Springs...









...et leur faune (un rock wallaby).










C'est ma crique!!! Je tiens aussi a vous faire remarquer la difficulte du parcours, reserve aux marcheurs experimentes!






Depuis Alice Springs je rejoins Katherine, deux jours plus au nord, ou j'attends Murray pour notre voyage dans les Kimberley (la pointe nord-ouest du pays, a laquelle on n'accede qu'en 4x4 car il n'y a pas de routes). Nous partons deux semaines, avec son 4x4, parcourir des routes accidentees au milieu d'un des coins les plus sauvages d'Australie. Nous dormons dans la voiture le soir et nous reveillons chaque matin devant un paysage nouveau et eblouissant. Arrives a Broome, je vois l'Ocean Indien pour la premiere fois. Les plages sont superbes et les parcs nationaux impressionnants. Nous y croisons des crocodiles, des baobabs geants, des oiseaux qu'on ne trouve nulle part ailleurs dans le monde... Bref, une belle etape encore une fois.



Juste pour vous donner une idee de l'isolation dans laquelle on est. (Pour la traduction, une 'rest area' est une aire de repos).








Un baobab, et le truc rouge minuscule a cote, c'est moi!











Au volant de notre 4x4, a la frontiere de l'Australie occidentale. Vous voyez qu'en toutes circonstances, l'elegance francaise sera representee! (Oui, c'est la fameuse robe rouge...)











L'entree dans l'Australie Occidentales et Murray qui fait le "wave", c'est-a-dire le salut aux autres voitures. En effet ici on en croise tellement peu qu'il est de coutume de faire un signe aux gens qu'on croise sur la route!












Des termitieres, et Murray pour l'echelle!



























Les petites touffes vertes sont du spinifex, une plante qui pousse partout dans les Kimberley.








Une partie des Bungle Bungles, une chaine rocheuse aux formes arrondies etranges, encore une fois au milieu de nulle part, les alentours etant extremement plats.




















Notre maison pour un soir...









Petite halte sur la route pour une vue panoramique.























Cable Beach a Broome, une des plus belles plages d'Australie et ma premiere vision de l'Ocean Indien.








Chile Creek, Dampier Peninsula, pas de route non plus pour y aller, seule une minuscule communaute aborigene vit ici.

















Ensablement! Personne dans le coin donc il faut se debrouiller seul: Murray tire et moi je gratte le sable avec mes mains pour degager les roues. Apres une heure d'efforts, nous etions repartis, et pas peu fiers!








A l'australienne, on cuit notre pain sur les braises...

















Et voila le resultat!










Des termitieres








Au detour d'une route.







Et un rappel pour ceux qui auraient oublie que nous sommes sur une terre sauvage...





















...sur laquelle on ne s'approche pas des rives...










...et ou on ne va pas se baigner non plus!





















Une scene quotidienne de la nature du nord-ouest australien (en bas a droite)










Oui, je sais, je fais ma maline mais je n'en menais pas large.










Il fait gentiment pourrir le poisson au soleil pour attendrir la chair avant de le deguster.










Et pour finir le voyage, un bushfire, un des nombreux apercus sur la route, s'etendant sur des dizaines de kilometres.







Mais mon visa touche a sa fin et il faut que j'aille a Darwin, la ville la plus proche (a 1500 km...), pour faire ma demande pour un visa touriste. Je garde en tete qu'il va peut-etre falloir que je quitte l'Australie dans une semaine, mais je reste tout de meme confiante, ma candidature a plein de points forts, ca devrait passer. Quelques jours a Darwin a rassembler les papiers et je me lance enfin. C'est la que les ennuis commencent. Arrivee a l'immigration, ils me disent que je ne peux pas postuler pour une extension car le maximum est un an. Je leur explique que leurs collegues m'ont assure par trois fois que c'etait possible mais ils ne veulent rien savoir. Trois personnes differentes viennent me voir et ils finissent par me dire que je peux toujours demander mais que ca sera refuse et qu'en plus des 200 dollars que ca me coutera, le refus sera archive dans mon dossier et qu'il sera plus difficile de revenir. Tout s'ecroule. J'ai une semaine pour quitter le pays et je ne suis prete ni materiellement, ni psychologiquement. Rex est a Darwin et nous avions projete d'aller ensemble a Perth, ma prochaine destination. Apres mure (mais rapide) reflexion, je decide de prendre un billet d'avion pour la Thailande, d'y passer deux semaines de vacances, et de revenir a Darwin reprendre ma voiture et continuer mon voyage. Ce n'etait pas mon option de predilection mais il y a pire dans la vie que de passer deux semaines de vacances a boire des cocktails sur une ile paradisiaque pour trois fois rien, alors je me fais a l'idee et commence a preparer mon voyage.

Puisque nous avons quelques jours a tuer avant mon depart, Rex et moi decidons de partir au parc national de Kakadu, l'un des plus celebres et des plus beaux d'Australie. Effectivement, meme apres tout ce que j'ai vu, la magie de Kakadu opere.





















Des chauve-souris par dizaines dans les arbres.

































Peintures aborigenes datant probablement de 35000 ans ou plus.
































Dernier jour avant de prendre mon avion. Je suis triste de partir mais c'est pour mieux revenir, et je commence a etre excitee par l'aventure que va constituer mon arrivee a bangkok et la traversee du pays. Nous prenons donc le chemin du retour mais nous arretons au bout d'une demie heure car la voiture a un probleme. Impossible de redemarrer, et Rex est aussi doue que moi en mecanique... Heureusement, un couple s'arrete mais apparemment il n'y a rien a faire. Ils nous emmennent a la station service la plus proche mais nous nous rendons vite compte que ca va etre plus complique que prevu. Pas de reseau, pas de connexion internet... La prochaine ville (et donc le garagiste le plus proche) est a 100 km. Les heures passent, les rangers nous pretent un annuaire et nous permettent d'utiliser leur fixe. Impossible de faire remorquer la voiture (ca coute 1000 dollars, avant tout diagnostic et reparation). Sachant que je l'ai payee 1500 et que mon avion part le soir meme, pas le choix: il faut abandonner la voiture. Je la laisse donc a une des rangers aborigene la mort dans l'ame. Nous avons un quart d'heure pour vider la voiture avant qu'ils viennnent la chercher et je laisse la moitie de mes affaires que nous ne pouvons porter...






Je la vois partir, tiree par un ranger, la mort dans l'ame...



Retour au relais routier/station service. Nous sommes en fin d'apres-midi. Impossible de rejoindre la ville d'a cote et de toutes facons il n'y a plus de bus pour Darwin. Nous devons donc passer la nuit sur place. J'ai rate mon avion pour la Thailande et mon visa expire a minuit le soir meme...

J'essaie de rester calme. De toutes facons je ne peux rien faire d'ici. Nous passons donc la nuit au relais routier en essayant de ne pas trop penser au lendemain. Au reveil c'est officiel: je suis maintenant immigree illegale en Australie! (Encore une nouvelle experience!). Retour a Darwin en fin de journee ou la priorite est d'aller sur internet pour acheter un nouveau billet d'avion pour quitter le pays au plus vite. Cette fois pas le choix: je n'ai plus un sou, je pars donc en Nouvelle-Zelande deux jours apres, direction Wellington (la capitale, au sud de l'ile du nord).

Le depart d'Australie est rude. Je ne suis pas prete a quitter ce pays que j'aime tant et ou j'ai encore tant a vivre. L'arrivee en Nouvelle-Zelande est pire: je quitte Darwin, sous les tropiques, par 32 degres, et le pilote nous annonce: "Bienvenue a Wellington, la temperature exterieure est de 4 degres!". La premiere chose que je fais est donc d'acheter un manteau et un parapluie (ce qui fait rire les gens car il y a trop de vent ici et les parapluies ont une esperance de vie de 5 minutes...).

Les premiers jours sont tres difficiles car je n'etais pas preparee a tout ca. Je ne peux non plus contacter personne car pas de sous et mon portable ne passe pas ici. Je me lance donc dans la recherche d'emploi et d'un logement immediatement et je dois avouer que j'etais assez fiere du resultat: 5 jours apres mon arrivee j'ai deux boulots et une maison!
Ma maison neo-zelandaise

Je suis a Wellington depuis presque trois semaines maintenant (si vous avez essaye de me joindre, je n'ai pas pu recevoir de messages depuis le 10 aout). Je travaille a plein temps dans une boulangerie francaise (un clin d'oeil a Eudes et Anne-Claire! Pas de trace d'un quelconque eskimo pour l'instant en revanche...). C'est assez sympa mais le plus gros avantage est que je mange du vrai pain tous les jours!!! C'est une joie indescriptible apres un an... En dehors de ca je bosse trois soirs par semaine dans un resto francais ou les patrons sont neo-zelandais mais adorables, ca fait passer un peu mieux la pilule des 70 heures par semaine...

Ma maison est assez sympa, tous mes colocs sont musiciens, mais je dois avouer que pour l'instant je n'ai pas trop de temps a passer avec eux. Ca ira sans doute mieux quand j'aurai pris le rythme.

Voila donc ou cette histoire m'emmene. Je voulais de l'aventure, j'en ai! Je ne sais pas encore combien de temps je vais rester en Nouvelle-Zelande. J'ai besoin de me refaire une grosse sante financiere mais l'Australie me manque enormement. Quoiqu'il arrive, j'y serai cet ete, en janvier (vous avez vu, je commence a prendre le pli de parler des saisons a l'envers!) et surement avant.

La Route du Monde Oublie (C'est son vrai nom!), la seule balade que j'ai fait en NZ, mais c'etait fabuleux.

Derniere info pratique: mon numero australien ne marche plus, voici donc le nouveau: (0064) 021.023.771.66 Normalement il faut enlever le premier 0 du numero mais je ne sais pas si ca marche donc je vous le donne en entier.

Ne vous inquietez pas, je vais bien et malgre ces mesaventures je fais contre mauvais sort joyeux visage. Je suis tout de meme dans un pays magnifique et etranger, dans une vie nouvelle, ne sachant pas de quoi les mois prochains seront faits mais sachant que les decouvertes a venir seront riches. En ces temps de rentree scolaire, je pense fort a vous chers collegues et anciens eleves. Je vous souhaite a tous une belle annee et suis avec vous en pensees.

A tres bientot pour d'autres aventures...

vendredi 27 juin 2008

L'Outback, enfin!

Ca y est! J'ai enfin reussi a quitter Melbourne!!!

Jusqu'a la derniere minute des forces obscures m'ont retenues mais j'ai enfin reussi a reprendre la route et l'aventure. D'un cote je dois dire que j'ai eu enormement de chance, le demarreur de la voiture ayant lache la veille du depart (bonne petite voiture qui a decide de faire ca en ville et pas au milieu du desert!).


Je suis partie vers Adelaide, vers l'ouest, sur la Great Ocean Road. C'est une route spectaculaire qui longe la cote sur plusieurs centaines de kilometres et devoile des falaises escarpees et des roches detachees de la terre qui s'imposent de facon majestueuse. Je crois que le temps froid et le vent violent ont en fait ajoute a la majeste de ces sites, la mer etant dechainee et d'autant plus impressionnante.














Sur la route, j'ai rencontre Juan Pablo, un colombien vivant en Allemagne, et je lui ai propose de faire la route avec moi dans le desert puisque de toutes facons je ne voulais pas partir seule. Il avait prevu de plutot partir vers l'est mais a change son programme et nous nous sommes donc rejoints a Adelaide quelques jours plus tard.

Entre temps, je me suis arretee dans un backpacker installe dans un manoir du 19 eme siecle, ou j'ai eu la bonne surprise de me retrouver toute seule avec la manager (eh oui, c'est la basse saison ici puisque c'est l'hiver). L'endroit etait tellement magique et paisible que je m'y suis arretee deux jours. Deux jours a prendre soin de moi et a finir une traduction, au calme devant un feu de cheminee avec vue sur le lac... Un pur moment de paix et de bonheur...







Apres ca, aucune envie de retrouver une ville, mais il a bien fallu passer par Adelaide. L'occasion de retrouver Juan Pablo et de nous ravitailler avant le grand depart. Nous sommes partis l'apres-midi meme et avons traverse encore une fois des paysages de campagne nouveaux, differents du reste de l'Australie. Le nord d'Adelaide est une region viticole assez jolie, la balade a ete sympa. Depuis trois jours maintenant, nous conduisons donc dans l'Outback (c'est pas encore tout a fait le desert ,ais il n'y a rien, ni vie nie habitations, et tres peu de vegetation). Incroyable de voir les kilometres qui defilent et de constater que nous sommes encore a 800 km du centre de l'Australie! Je suis ravie de faire ce voyage en voiture, on se rend vraiment compte de l'immensite du pays.

Desolee pour le cliche!





La, on avait deja fait 200 km depuis Adelaide, et Alice Springs n'est qu'a la moitie du chemin jusqu'a Darwin...




Juan Pablo














Un lac de sel


Une surprise moins sympa en revanche: le temps. Il fait une quinzaine de degres la journee et un vent glacial souffle continuellement, et il fait entre 3 et 5 degres la nuit (je vous epargne les joies du camping par ces temperatures...).


Cette nuit nous nous sommes arretes a Coober Pedy (si vous voulez voir ou je suis sur une carte), une ville miniere ou il y a notamment le plus grand gisement d'opales au monde. Les temperatures etant si extremes en hiver comme en ete (ou il peut faire plus de 50 degres!) que les habitations sont souvent souterraines. J'ai donc dormi a 6,5 metres de profondeur, une experience en soi!





Notre prochain arret est Uluru (le nom aborigene d'Ayers Rock, le gros rocher rouge au milieu de l'Australie) que nous devrions atteindre d'ici deux jours.



mercredi 28 mai 2008

Du nouveau, enfin!

Bonjour!



Me revoila! Avant le depart dans trois semaines, quelques petites nouvelles (a venir tres vite, promis) et surtout des photos de ma vie a Melbourne. J'ai aussi ajoute des petites videos, elles commencent a partir de Fraser Island ("Imaginez").

Ci-dessous des photos de Phillip Island, une ile minuscule au sud de Melbourne ou je suis allee passer un week-end en fevrier avec mon ami Adrien, rencontre a Brisbane. L'ile est connue pour ses pingouins, les plus petits au monde, qui sortent de l'eau au crepuscule apres une journee de peche pour retourner dans leurs terriers. Desolee, pas d'image car les photos et videos etaient interdites. Pour vous consoler, photos et videos de koalas, c'est pas mal non plus! En plus il est tres rare de les voir reveilles vu qu'ils dorment environ 20h sur 24 et se deplacent le plus souvent la nuit.











Une vue de Melbourne





Un de mes cafes preferes dans mon quartier





Un coucher de soleil depuis ma chambre...


Toute l'equipe de Breizoz creperie: Jeremy, Catherine (ma patronne) et Patrick


A tres bientot pour encore plus de photos, encore plus d'aventures et encore plus de suspense...

mardi 12 février 2008

Historique

Je viens de vivre un moment historique. Ce matin, le nouveau gouvernement australien vient de demander pardon a la Generation Volee.

La Generation Volee fait reference aux milliers d'enfants aborigenes que le gouvernement australien a enleve a leur famille sous pretexte qu'ils devaient etre mieux assimiles. Entre le debut du siecle et jusque dans les annees 1970 (!!), des policiers et autres travailleurs sociaux venaient dans les villages aborigenes kidnapper les enfants, les envoyer dans des centres ou des missions religieuses loin de chez eux ou ils etaient formes au travail domestique ou a la ferme, puis ont les envoyait travailler pour des blancs ou ils etaient traites comme des esclaves et tres souvent maltraites et violes. Ils n'avaient jamais de nouvelles de leur famille, ne savaient pas d'ou ils venaient et beaucoup d'entre eux cherchent encore leurs racines. Outre cette politique d'assimilation, on encourageait aussi la reproduction entre hommes blancs et femmes aborigenes pour 'blanchir la race', ce qui devait etre effectif au bout de cinq ou six generations. Coupes de leur environnement, les enfants perdaient aussi leur heritage culturel et c'est ainsi qu'on entendait regler 'le probleme aborigene'. Je ne m'etends pas sur les nombreuses autres atrocites commises envers ce peuple depuis l'arrivee des colons qui surpassent tout ce que j'avais entendu sur l'esclavage aux Etats-Unis par exemple.

Le resultat de ces politiques aujourd'hui est que les aborigenes ont un taux de mortalite infantile aussi eleve voire plus que dans les pays du tiers monde, une esperance de vie de 17 ans plus courte que les autres australiens, sans parler d'un taux de chomage impressionnant, des problemes d'alcool et de drogues dignes des reserves d'indiens aux Etats-Unis, que la vie dans la plupart de leurs communautes est ultra-violente et que la pedophilie bat son plein. Le tableau est horrible et certains australiens disent qu'ils ne sont pas capables de s'occuper d'eux-memes. Il faut se souvenir et prendre en compte qu'il y a 200 ans (ce qui est tres peu), ils n'avaient encore jamais vus de blancs et vivaient comme ils l'avaient toujours fait depuis 70 000 ans (c'est la plus vieille culture encore vivante aujourd'hui). Il est aussi important de realiser que ces pratiques avaient encore cours il y a une trentaine d'annees, c'est-a-dire qu'elles ont ete subies par des gens de ma generation! Difficile en si peu de temps de se remettre de tels traumatismes.

Les aborigenes, apres avoir obtenu la nationalite australienne, et donc une existence legale, en 1967..., ont toujours demande des excuses au gouvernement. Alors que le pays celebrait le 200eme anniversaire de l'arrivee de la premiere flotte de colons en 1788, des aborigenes sont venus officiellement donner une liste de revendications au premier ministre, John Howard, la plus importante etant la reconnaissance des torts commis a leur encontre. Il a refuse, arguant que le gouvernement australien n'avait pas a se sentir coupable des fautes commises par ses ancetres. John Howard (liberal, de droite) a passe douze ans a la tete de l'etat et vient d'etre battu par Kevin Rudd (travailliste, de gauche) en decembre. Aujourd'hui Kevin Rudd, dans un long discours au Parlement, a officiellement demande pardon aux aborigenes, a longuement parle de ce qui s'etait passe, en soulignant que le gouvernement australien, par les lois qu'il a passees et sa volonte de les faire appliquer, etait responsable du traumatisme que les aborigenes subissent encore aujourd'hui.

Ce discours a ete retransmis en direct dans les ecoles, des ecrans geants ont ete montes dans les principales villes d'Australie et meme l'opposition a egalement demande pardon (meme si le leader a quand meme dit que tout cela partait de bonnes intentions et que c'etait injuste mais necessaire, ce qui a provoque la colere de la foule). Rudd a insiste sur le fait qu'il fallait maintenant que des actions soient prises pour aider les communautes aborigenes a s'en sortir et a retrouver leur famille quand c'est possible. Une commission presidee par lui et le leader de l'opposition va etre mise en place, nous verrons ce qu'il en sera.

En tout cas, apres des annees de deni, la reconnaissance de ces atrocites sont un grand pas pour l'avenir de l'Australie et surtout pour l'ancrage d'une identite nationale. En effet, il est frappant de constater ici que les australiens ont du mal a se definir en tant que nation, d'une part a cause du fait qu'elle est constituee d'immigrants et que le processus d'immigration continue a grand rythme aujourd'hui, mais surtout parce que l'Australie s'est aussi construite dans le sang et qu'elle le nie. Pour ne vous donner qu'un exemple, l'editorial du journal principal en Australie le jour de la fete nationale le 26 janvier titrait "Qui sommes-nous?". L'article traitait de la difficulte a definir l'identite culturelle et concluait que ce qui definissait l'Australie etait d'avoir reussi a creer un pays issus de tant de cultures differentes sans massacre! Je n'en croyais pas mes yeux. Autant de deni devant le genocide aborigene et les milliers d'immigrants exploites et assassines pour construire ce pays ne me paraissait pas possible. Certains historiens ici disent qu'une des particularites de l'identite australienne est justement l'aveuglement. Je pensais que c'etait exagere, j'avais tort. Le discours d'aujourd'hui marque donc un tourant dans l'identite nationale, esperons que cela ait aussi des consequences concretes.

mercredi 30 janvier 2008

Retour aux sources

Voila un moment que je n'ai pas donne de nouvelles, il est temps de vous raconter ma vie melbournienne.

Apres m'etre rejouie de toutes ces bonnes nouvelles professionnelles et etant soulagee de ne plus avoir a chercher du travail, j'ai profite pleinement du jour de l'an. Fete tres sympa avec mes colocs, et en prime j'ai vu le soleil se lever sur la baie de Melbourne en ce premier jour de l'annee, les pieds dans l'eau et les yeux sur l'horizon.

Mais ce repit a ete de courte duree. J'ai demande quelques jours apres a mes patrons comment on s'arrangeait pour les pourboires, ce a quoi ils m'ont repondu que nous ne les touchions pas. Ils les gardent et ont essaye de me dire que c'etait pour les couverts perdus ou les assiettes cassees. Mais c'etait sans compter que je suis francaise et militante sur les droits du travail! Pendant deux jours je me suis battue, leur disant que tout ca faisait partie des frais generaux, que les pourboires etaient pour le service et qu'il etait lamentable que des patrons volent leurs propres employes. Il faut aussi prendre en consideration que nous travaillions entre 6 et 10 heures par jour sans pause et sans manger. Je veux bien travailler dur mais il faut qu'il y ait un retour! N'ayant reussi ni a convaincre mes patrons, ni a rallier mes collegues (indiens, en attente de visas et donc ayant peur de perdre leur boulot), je me suis donc remise en quete d'un autre emploi. Il n'est pas normal que des escrocs s'en sortent comme ca, et je ne peux pas travailler pour des gens pour qui je n'ai aucun respect...

Apres quelques semaines j'ai donc trouve un super boulot dans... une creperie bretonne!!! Eh oui, retour a la cuisine francaise (apres 6 mois, vous n'imaginez meme pas le bonheur...). Je suis a plein temps, mes patrons sont absolument adorables et je travaille a cote de chez moi. Mes patrons ont deux creperies, celle dans laquelle ils sont a l'exterieur de la ville, et celle ou je suis pres du centre. J'y suis seule avec Jeremy, un francais de trente ans installe en Australie depuis huit ans. Nous gerons le resto comme nous voulons et nous entendons tres bien. En plus, je mange tous les jours la-bas, ce qui me fait faire des economies considerables. Pour terminer le tableau, j'ai trois jours de week-end par semaine...






Jeremy, mon collegue et ami avec qui je travaille tous les jours.




Ca c'est mon coin, le bar.




La terrasse




Bref, enfin un super boulot, d'excellentes conditions de travail et une ville que j'adore. Melbourne est tres cosmopolite et vivante. Je m'y fais des amis et certains des gens rencontres a Brisbane viennent cette semaine.

L'autre grand evenement de ces derniers jours a ete le retour a mes 15 ans l'espace de quelques heures. En effet, je suis allee au Big Day Out (le plus grand festival de rock de cette partie du monde) et j'y ai vu Rage Against The Machine!!!! J'ai danse, crie, saute comme une ado et le spectacle a ete genial. 46000 personnes au festival, et tout le monde chantant l'Internationale a l'ouverture du concert de Rage, c'etait surrealiste et si bon... Pour mes anciens eleves, je vous invite a aller ecouter ca sur internet et je vous mets au defi de me dire que c'est de la musique de vieux!


Damien, Eva et un couple d'amis avant le festival


Ca c'est le super bracelet qui prouve que j'ai l'age de boire de l'alcool!


Et nous voila a frimer avec nos badges VIP!




Voila pour les dernieres nouvelles. J'actualise en ce moment les photos sur 'Breves', jetez-y un coup d'oeil.